Rencontre

Posée à la table d’un café en une froide après-midi d’hiver, je me délectait d’une crêpe outrageusement remplie de cette pâte à tartiner à base de chocolat et de noisettes – dont je ne citerais pas le nom – ainsi que d’un chocolat viennois, le tout en étant perdue dans mes pensées, lorsque débarque un jeune homme, d’apparence fréquentable…

– Tu es seule ?

– Non, je suis en conférence avec Gandhi, Mère Thérésa et le pape.

Ma réplique atteint son but : elle le perturbe.

– Je rigole, bien sur que je suis seule.

Il sourit, légèrement, ne sachant certainement pas s’il avait affaire à quelqu’un sain d’esprit ou pas.

– Avoue juste que ta question était légèrement stupide !

– Ah, oui, bien sur, c’était juste une façon d’entamer la conversation…

– Et tu ne pouvais pas me le dire tout de go que tu avais envie de discuter avec moi ?

– Ça se fait pas trop… Me répondit-il tout embêté.

– Peut-être. Mais tu m’aurais fait un meilleur effet qu’avec ta phrase d’accroche maladroite ! Passons ! Que veux-tu ?

– Tu m’as l’air sympa et j’ai trouvé triste de te voir seule assise là. Alors je me suis dit que je pourrais venir te tenir compagnie, enfin, si tu veux bien…

– Il y a certains moments où cela fait plus de bien d’être seule qu’accompagnée, même bien.

– Oh, excuse-moi, je…

– J’ai dit certains moments ! Pas forcément maintenant ! Si tu as quelque chose d’intéressant à me raconter, je veux bien de ta compagnie pour les quarante prochaines minutes.

– Quarante minutes ?

– Oui, après je dois partir. J’ai un cours de danse. Rajoutais-je après un instant d’hésitation.

– Tu es danseuse ?

Il avait l’air intéressé.

– Pas professionnelle, mais oui, je danse. C’est une façon de m’échapper, de me dépenser… de vivre.

– Et quel… genre de danse fais-tu ?

– J’ai des bases de classique, mais je fait du Flamenco et du Contemporain.

– Wow, le flamenco, c’est bluffant comme danse. Ça éclate.

– Oui, ça éclate. Exactement. Et toi qu’aime tu ?

Il réfléchit un instant. N’ayant pas l’air de savoir quoi me répondre.

– Dis-moi la première chose qui t’es venue à l’esprit. Ne te casse pas trop la tête.

– La première ? Vraiment ?

J’hôcha la tête.

– Parler avec toi.

Oh. A mon tour d’être sans mots.

– Ouais, je sais ça craint un peu de te dire ça au bout de 5 minutes. Mais je suis hônnete, c’est la première chose qui m’est venue à l’esprit.

– Merci… Fis-je avec un petit sourire. A mon tour d’être intimidée.

– Mais sinon, j’aime le ski, la randonnée, les mangas… et la poésie, étrangement, j’aime bien en lire.

– Et qu’est-ce qu’un fana de ski, de mangas et de poésie fait ici ? Je ne crois pas que la ville soit réputée pour l’un des trois…

– Tu as raison. Ma mère est malade, alors je suis venu habiter ici, pour être avec elle. Et j’ai trouvé ce job de serveur, le patron est le frère d’une amie de ma mère, et je prend des cours par correspondance. A la base je suis inscrit à l’université d’Aix-en-Provence, en Lettres Modernes.

– Aix… c’est plus pratique pour le ski et la rando’.

– Oui, je vais dans les Alpes dès que je peux. J’emmène mon matos, des mangas, un recueil de poésie et je vais camper dans les montagnes pendant le week-end.

– Wow, c’est génial de pouvoir faire ça.

– Oui, tu as raison. Dit-il après un moment de réflexion.

– Donc, du coup, tu bosse ici…

Aïe, reprise de conversation maladroite pour quelqu’un qui a fait une remarque à ce propos il y a quelques minutes…!

– A ce qu’il parait, oui !

– Et tu reste jusqu’à quand ?

– Je pense que dès que maman ira mieux je retournerais à Aix. C’est plus pratique, pour les cours. S’excusa-t-il.

– Ta maman… elle est gravement malade ?

– Oui, enfin, non. Ça dépend des périodes… Je ne sais pas trop ce qu’elle a comme maladie. Elle déprime, elle a des phases de pertes de mémoire : elle oublie ses clefs, sa date de naissance, ses rendez-vous, des épisodes de sa vie… Pour moi, c’est dû à son âge : elle a 76 ans…

– 76 ? Mais tu as quel âge ?!

– J’ai 25 ans. Elle m’a eu tard, à 51 ans. J’ai toujours aimé faire des surprises ! Me répondit-il en rigolant.

Et nous avons continué à parler jusqu’à ce que je me rende compte que si je ne partait pas immédiatement j’allais être en retard. Je paya mon goûter en vitesse et le quitta, en lui lançant que j’essayerais de repasser dans la semaine.
Sur le chemin jusqu’à la salle de danse je me rendit compte, avec stupéfaction, que je ne connaissais même pas son prénom ! Nous avions abordé des sujets privés, presque intimes, sans connaitre de l’autre la base la plus élémentaire ! Incroyable…
En poussant la porte du bâtiment où se déroulait mes cours, je me promis de retourner le voir. Au plus tard, la semaine prochaine.

Fin.

(Ceci est une fiction)

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